Un jour, je ne sais plus bien quand, il y a longtemps, des années... Tu m'as dit "viens, on s'en va..."
Je n'avais jamais vraiment connu l'aventure, les distances... Je n'ai pas eu peur et je t'ai suivi, tout là-bas, si loin de nos villes et villages où les pierres bleues des maisons content tant d'histoires.
Je t'ai suivi et ton rêve est devenu le mien, le nôtre: découvrir ce bout du monde où l'on marche la tête en bas, ce bout
du monde plus grand que l'Europe entière, concentrant les populations le long des côtes et des forêts tandis que continue de battre ce coeur immense de désert, inlassablement brûlé de soleil.
Les jours ont passés, de trois, avec Blazou, nous ne sommes plus restés que deux: sacré challenge d'un an de tête à tête pour nous tant attachés à notre indépendance!
Pendant ce temps, les découvertes se sont enchaînées, avec les immanquables débuts maladroits du voyage: les dépenses trop hâtives, mon anglais douteux, les backpackers crados aux matelas défoncés (je vois encore ma tête lors de la visite du backpackers "The Hub" à Brisbane, avec les larmes aux yeux et cette petite voix me disant "oulalaaa Bachelet tu vas pas y arriver, tu vas pas y arriver...")... mais toujours, toujours tous deux animés par l'excitation de la nouveauté, des rencontres... Les yeux grands ouverts à chaque seconde!
Puis, quand l'argent venait à manquer, avec un peu de persévérance, on décrochait un boulot, pas toujours gratifiant à Cairns pour moi le matin à récurer les frigos et chambres des "sharehouses", et le soir dans les cuisines d'un hotel; ou encore pour toi dans un snack à Kebabs, gérant une clientèle de backpackers cons et saouls tout au long de la nuit. Pas toujours facile non plus à Carnarvon comme cueilleurs sous un soleil de plomb...
C'est vrai, pas tous les jours évidents ces boulots, mais nous en étions si fiers et le sommes encore plus aujourd'hui lorsque l'on regarde par dessus nos épaules le chemin parcouru depuis...
Ensuite, tout a enfin démarré et, un peu comme un chat d'appartement fait ses premiers pas sur la pelouse: doucement, avec respect, excitation, nous avons apprivoisé ces terres sans fin...
Nous avons appris cette nature nouvelle et sauvage, ses forêts tropicales d'un autre temps aux oiseaux de milles couleurs, nous avons appris la mer, l'océan, les coraux...
Nous avons appris les montagnes et leurs cascades, les gorges assèchées aux galets blancs frappés de lumière...
Les kilomètres ont défilés et nous avons alors appris les silences du désert... Désert étourdissant de grandeur, tantôt verdoyant (comme par magie), tantôt inexorablement torturé de soleil, quand la terre rouge, plus fine que le sable, s'étend à perte de vue: sensation inquiétante, ennivrante...
Et c'est là, là seulement, au coeur de ce grand désert, que nous avons appris "l'heure exquise": Quand le soir tombe et que le ciel s'embrase, lorsque l'on aperçoit les premiers kangourous sortis brouter et que tout autour embaume le parfum des eucalyptus... Quand les oiseaux cessent de chanter et qu'enfin, le grand silence vous enlace...
Dans ces moments insolites, à des milliers de kilomètres de notre petite Belgique, par dessus les mers et continents, là où une partie de notre vie est restée en suspend, nous avons enfin appris la solitude, qui à défaut de peser, recentre sur l'essentiel, le dialogue, les valeurs...
Mais tu le sais, cette aventure était bien plus encore, car elle fut au fil des routes, rythmée de Belles Rencontres au détour d'une ville, d'une montagne ou de l'Outback...
...Rencontres furtives parfois, mais toutes intenses... De celles où la gorge se serre lorsque l'on étreint pour dire aurevoir...
...
Voilà, notre beau voyage s'achève ici...
Pendant près d'un an nous aurons sillonné de Nord en Sud, d'Est en Ouest la belle Australie, contrastée, lumineuse...
Nous aurons même parcouru la magnifique Île du Sud en Nouvelle Zélande, nature époustouflante et regorgeant de mystérieuses légendes Maories...
Il est temps à présent de quitter ces pays, ces terres, en les "étreignant" une dernière fois comme l'on a étreint nos amis du voyage... et là aussi, la gorge se serrera...
...
Mon soleil,
aujourd'hui c'est ton anniversaire et dans quelques jours nous reverrons nos proches et fêterons tes 28 printemps...
... Je sais que ce jour là je te regarderai en souriant... car seuls tes yeux auront vu ce que moi j'ai vu...
Heureux anniversaire et surtout, surtout... Merci!
Merci de m'avoir dit "viens, on s'en va...",
un jour, je ne sais plus bien quand, il y a longtemps, des années...
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THE END
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